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  • Vernet a publié une note pour le groupe Logo du groupe Connex’SciencesLogo du groupe Connex’SciencesConnex’Sciences: il y a 2 ans et 8 mois

    « Dan Sperber est venu à la théorie argumentative en accumulant les preuves que l’esprit, le raisonnement en particulier, ne fonctionnent pas toujours très bien. Le raisonnement produit beaucoup d’erreurs (voir : Nos décisions en questions). L’homme n’est pas très bon en matière de statistique par exemple ou ne comprend pas toujours très bien des problèmes de logiques assez classiques. Nous faisons tout un tas de choses irrationnelles et malgré les preuves contraires qu’apportent notre sens du raisonnement, la plupart des gens changent rarement leurs croyances originelles. Ils ne remettent pas en question l’idée que le raisonnement poursuit des buts individuels. Or, le prérequis suppose que le raisonnement doit nous aider à prendre de meilleures décisions, et si nous partons de ce prérequis, il s’ensuit que le raisonnement devrait nous aider à mieux faire face aux problèmes logiques par exemple, ce qui est loin d’être le cas.

    Les psychologues ont du mal à contester le postulat que le raisonnement est censé nous aider, explique John Brockman de The Edge. D’où le raisonnement de Sperber de dire que le raisonnement n’a pas pour fonction de nous aider à prendre de meilleures décisions, mais qu’il a pour fonction de nous aider à convaincre d’autres personnes et à évaluer leurs arguments.

    Dans la pensée occidentale, jusqu’à présent, le raisonnement était considéré comme quelque chose d’individuel… Or Dan Sperber introduit l’idée que sa fonction est purement sociale : le raisonnement sert avant tout à convaincre les autres et à être prudent quand d’autres tentent de nous convaincre. Les psychologues ont ainsi montré que les gens ont un très fort biais de confirmation ce qui signifie que quand ils ont une idée, ils trouvent des arguments pour la valider, pour justifier leurs décisions plutôt que pour la remettre en question. Or il y a un fort conflit entre le raisonnement (qui a pour but de nous faire prendre de meilleures décisions) et le biais de confirmation (qui, du fait de ce même raisonnement, nous repousse dans nos erreurs). Du point de vue de la théorie argumentative, le biais de confirmation prend alors tout son sens : lorsqu’on essaye de convaincre quelqu’un, on accumule des arguments pour soi. Pour Sperber, le biais de confirmation n’est pas un défaut de raisonnement, c’est une fonction : c’est quelque chose qui se construit dans le raisonnement lui-même, non pas parce que le raisonnement est vicié ou parce que les gens sont stupides, mais parce que nous sommes trop doués pour le raisonnement.

    Sperber et Mercier donnent néanmoins une piste pour échapper au biais de confirmation parce qu’il se développe principalement quand on n’a personne pour argumenter contre nos propres points de vue. Nos arguments ne servent qu’à confirmer nos intuitions initiales. “Lorsque les gens discutent de leurs idées avec des gens en désaccord avec eux, alors les biais de confirmation des différents participants s’équilibrent et le groupe est mieux à même de se concentrer sur la meilleure solution. Le débat est donc l’un des meilleurs remèdes face aux pièges dans lesquels nous conduit le raisonnement individuel.”

    La théorie argumentative explique également ce que les psychologues appellent “la raison basée sur le choix”. Lorsqu’ils prennent une décision, les gens essaient de raisonner sur celle-ci pour savoir s’ils font le bon choix. Mais leur raisonnement sur leur décision ne les conduit pas nécessairement vers la bonne décision : il les conduit plutôt vers la décision qu’ils peuvent justifier. Parce que le raisonnement ne consiste qu’à trouver des arguments, l’option qui va l’emporter va seulement être celle qui a le plus ou les meilleurs arguments en sa faveur. Ce qui n’en fait pas nécessairement une bonne décision.  »

    http://www.internetactu.net/2011/06/29/la-theorie-argumentative-le-role-social-de-largumentation/

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